L’année dernière, j’ai présenté une candidature pour une bourse d’écriture. Il fallait notamment écrire un court texte dans lequel on définissait les ambitions thématiques et stylistiques de notre projet, ainsi que notre voix d’auteur ou d’autrice. Cette expression, ma “voix d’autrice”, m’avait plongée dans des abîmes de perplexité : qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Comment la définir ? Comment reconnaître la nôtre ?

Et surtout, est-ce que c’est si important que ça de le savoir ? J’avais passé des années à écrire sans me poser la question, et je trouvais presque artificiel de devoir définir cette chose à laquelle je ne pensais pas. Mais comme il le fallait, je l’ai fait. Et évidemment, ça m’a appris des choses.

Les ingrédients de la voix

À peu près tous les articles que Google m’a sortis disaient la même chose : la voix n’est pas quelque chose qui se décide arbitrairement, et ce n’est pas non plus quelque chose qu’on a d’emblée, dès qu’on se met à écrire. Elle se dessine au fil du temps, à force d’écrire et de lire (beaucoup), de trouver ses influences, de s’en détacher, de trouver ce qu’il y a en soi d’universel et de singulier à la fois. Je ne sais toujours pas définir précisément la voix d’auteur ou d’autrice, mais c’est un mélange de plusieurs choses :

  • Le style, c’est-à-dire la texture même du texte, la structure de vos phrases, le choix de vos mots. Est-ce que vous avez un style foisonnant et riche, ou minimaliste et ramassé ? Vos phrases ont-elles tendance à être longues, ornées, ou les préférez-vous courtes, directes ? Quel est votre rapport aux adjectifs, aux adverbes, à tous les mots qui décrivent et qualifient ?

Sur ce sujet du style, je fais une parenthèse pour vous reparler de Several Short Sentences About Writing. Verlyn Klinkenborg y suggère, pour trouver sa voix, de commencer par écrire des phrases courtes, parce qu’il est plus facile de voir si elles disent bien ce qu’on veut dire, de contrôler leur rythme et leurs silences, tandis qu’on peut se perdre dans les phrases plus longues. Ça ne veut pas dire qu’on devrait toutes et tous ne faire que des phrases en mode sujet-verbe-complément. Klinkenborg écrit :

“Vous écrirez à nouveau des phrases longues, mais ce seront des phrases courtes dans l’âme. Des phrases qui écoutent le silence autour d’elles. Qui écoutent leur propre pouls.”

Je discutais l’autre jour avec mon amie Pauline de l’écriture de Siri Hustvedt, qui fait des phrases très longues mais aussi très fortes, précises, des phrases qu’on sent pesées, qui disent ce qu’elles veulent dire. Trouver son style, c’est peut-être trouver sa manière d’écrire des “phrases courtes dans l’âme”. En tous cas c’est une idée que j’aime bien.

  • Le deuxième élément de la voix, c’est la perspective, c’est-à-dire la manière unique dont vous voyez le monde et le mettez en mots. J’en ai déjà parlé ici et ici. Votre perspective, c’est ce qui vous fait remarquer une chose que personne d’autre n’a vue, et qui vous suggère une image, une métaphore inédite pour la retranscrire. C’est l’œil et la main que personne d’autre au monde n’a.
  • Enfin, le ton revenait souvent dans les articles que j’ai lus sur ce sujet. Votre ton peut être humoristique, brutal, poétique, léger, ironique, distant, ça se décline à l’infini. On a tous, probablement, un ton qui nous est plus naturel, mais il varie aussi en fonction du type de projet et du genre dans lequel vous écrivez.

La voix en trois questions

Ce dernier point vaut aussi pour votre voix en général : elle n’est pas figée, elle évolue tout au long de la vie d’écrivain.e, elle s’adapte à ce que veut chaque projet. Mais elle a certainement, quand même, quelques lignes directrices qui vous guident.

Quand j’ai dû définir la mienne pour cette fameuse candidature, j’ai trouvé un article qui m’a bien aidée. L’auteur ou l’autrice suggère de se poser trois questions :

  • Quels sont les 5 adjectifs que vous utiliseriez pour vous définir en tant qu’écrivain.e ?
  • Quels sont les 5 adjectifs que vos proches, celles et ceux qui connaissent votre travail, utiliseraient ? (Demandez-leur !)
  • Quelles sont les voix d’écrivain.e.s que vous préférez, et comment les définiriez-vous ?

Faire cet exercice m’a permis d’écrire dans mon dossier que mon écriture était organique (#teamjardinier et #teamglaise), centrée sur les personnages plutôt que sur l’histoire, et que j’essayais d’atteindre un style aussi précis et dense que possible, parce que c’est dans la précision du langage que j’arrive à comprendre mes personnages.

Ce sont des choses que je savais déjà, mais devoir les articuler comme ça m’a aidée à comprendre comment fond et forme s’entrelacent, et comment je voulais les faire fonctionner ensemble pour mon projet. En un sens, ça m’a donné une petite feuille de route, quelques principes fondamentaux auxquels revenir quand je sens mon écriture trop parasitée par des choses qui “font bien”, mais ne sont pas ce que moi je veux faire.

Je n’ai pas eu la bourse, mais je me suis quand même retrouvée avec une idée plus précise du petit sillon qui est à moi et que j’ai envie de creuser. C’est déjà pas mal !

Et vous, avez-vous déjà dû définir votre voix ? Sinon, est-ce que c’est un exercice qui vous semblerait utile ? Comme toujours, ça m’intéresse !

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