✨ Cher‧e‧s membres des Écritures,

Il y a quelques semaines, j'ai commencé à évoquer avec vous l'épineuse question de la structure : comment donner à son texte une forme narrative qui marche sans en faire une histoire mécanique ? Et comment apprendre à structurer sans étouffer votre créativité ?

Cette deuxième question me taraude depuis longtemps. Lorsque j'écrivais mon premier roman, j'ai pris en grippe tout le travail sur la structure. Ça s'est fait en deux temps :

  • D'abord, j'ai commencé par vouloir déterminer mon plan, tous les événements et les péripéties, avant même d'avoir écrit une ligne. J'ai tout bien fait, les choses rentraient à peu près dans les cases, et au moment d'écrire j'ai été complètement paralysée. Depuis, j'ai compris que j'étais plus jardinière qu'architecte, et que tout planifier à l'avance ne me réussit pas.
  • Ensuite, j'ai jeté mon plan et entrepris d'écrire sans objectif, pour découvrir qui étaient mes personnages et quelle était mon histoire. Ça a plutôt bien marché... jusqu'à ce qu'il faille structurer le matériau brut que j'avais créé. J'identifiais les scènes qui manquaient, celles qu'il fallait réécrire, et je le faisais de manière mécanique, sans enthousiasme, avec le sentiment que je ne découvrais plus rien de nouveau en écrivant. J'avais l'impression de faire du Lego ou du Kapla, du travail de construction bête et méchant, pas créatif.

Comme je le racontais dans cet article sur l'art de la révision, j'ai fini par comprendre que mon problème se situait au moment de l'écriture de mon premier jet. J'étais coincée entre les deux extrêmes de l'approche architecte ou jardinier alors que j'avais besoin de trouver une troisième voie : apprendre à planifier à mesure que j'écrivais – et non avant, ni après.

Apprendre à “outliner” d'une manière qui vous convient

‌‌J'ai donc eu envie de partager avec vous ce qui m'a aidée à “outliner”, à faire le plan de mon histoire. Il ne s’agit pas de se mettre à faire des plans ultra-détaillés si vous êtes jardinier, ou à tout balancer par la fenêtre si vous êtes architecte, mais de trouver la méthode qui vous convient.

Je suis très attachée à l'idée que pour bien travailler, il faut bien se connaître. Pour aller plus loin que la distinction architecte / jardinier, je me suis donc appuyée sur un post de blog de The Creative Penn (malheureusement en anglais) : il s’agit de répondre à une série de questions pour déterminer si vous avez tendance à partir de détails ou de l'histoire globale, si vous écrivez de manière linéaire ou dans le désordre, etc. L'autrice, Joanna Penn, recommande ensuite des méthodes de brainstorming et de planification adaptées à votre style. Bien sûr, personne ne rentre parfaitement dans une case : pour ma part, j'ai fait ma tambouille en piochant des conseils dans trois types de profils différents.

Mais ça m'a aidée à comprendre une chose fondamentale : la structure c'est pour tout le monde, y compris pour moi. C'est-à-dire que c'est une étape à laquelle on ne peut pas couper (il faut bien structurer son histoire à un moment ou à un autre), et qu'on peut même apprendre à l'apprécier, c'est-à-dire à y voir quelque chose de créatif et pas seulement mécanique, si on l'adapte à sa manière de travailler.

J'ai donc compris que j'avais besoin de travailler avec une boussole, c'est-à-dire de savoir en gros dans quelle direction j'allais, sans pour autant m'enfermer. Pour faire ça, j'ai suivi le conseil de ce post de The Novelsmithy (aussi en anglais), qui résume l’outline en 3 points fondamentaux :

  • le First Plot Point, une conséquence du l'élément déclencheur, qui marque la fin de l’acte 1. Ex : dans Mulan, elle s’enfuit pour rejoindre l’armée en cachette.
  • Le Midpoint, un tournant vers le milieu de l’acte 2, qui montre l’évolution des personnages et rebat les cartes. Dans Mulan, c’est le moment où elle gagne le respect de ses congénères en grimpant au sommet du poteau.
  • Le Climax, le moment où tout culmine et tout est résolu. Ce n’est pas forcément un bouquet final de feu d'artifice : il peut s’agir simplement de savoir qui vous voulez que votre personnage soit à la fin de l’histoire, et quel genre d’événement peut incarner cette transformation. Dans Mulan, c’est le moment où elle libère l’empereur kidnappé par les Huns, et prouve du même coup son honneur et sa valeur.

‌Pour mon roman, je me suis d'abord contentée de ça, de trois étapes qui me servent de boussole. C’est peu contraignant, ça me permet d’expérimenter plein de choses, et en même temps je sais où je vais.

👓 Pour aller plus loin

En ce moment, je suis en train d'explorer cette question de la structure encore davantage, donc je risque de vous en reparler plus en détail. En attendant, je vous laisse avec quelques conseils de lecture (en anglais toujours, j'en suis désolée) :

📙 Save the Cat! Writes a Novel, de Jessica Brody. L'autrice y reprend les 15 “beats” ou étapes d'un scénario identifiées par Blake Snyder, et les adapte à l'écriture d'un roman.

📕 L’Anatomie du scénario, de John Truby, une des Bibles de l'écriture de scénario dont je me suis pas mal servie quand je pensais encore pouvoir être architecte ;) Celui-ci a été traduit en français.

📝 Les articles que K.M. Weiland, autrice du site Helping Writers Become Authors, consacre à la question des personnages. Son idée est simple : l'arc d'un personnage (son évolution) est intimement lié à la structure de l'histoire, et inversement. Je reviendrai plus longuement sur cette idée qui me semble fondamentale (j'en parlais un peu ici et ici), mais je vous recommande aussi chaudement cette série d'articles.

Et vous, comment abordez-vous cette question de la structure ? Avez-vous des conseils ou des ressources à partager ? Si oui, envoyez-les moi et je les intègrerai à un prochain article !

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