Je ne sais pas comment s'est passé votre mois de janvier, mais le mien m'a paru à la fois interminable et haché, compliqué, presque difficile à comprendre. Depuis la pause des fêtes de fin d'année je n'ai pas réussi à retrouver d'équilibre dans mon rythme de travail. Quand je regarde mon agenda d'il y a quelques mois, je vois que je faisais au moins deux sprints d'écriture et un workshop par semaine, parfois plus. Je n'écrivais pas forcément des tartines, mais j'avais une routine qui me maintenait à flot. Désormais c'est un peu plus difficile de tenir le rythme.

Il me semble qu'on est nombreux et nombreuses à avoir vécu ça au cours de cette dernière année : pour certain‧e‧s les confinements successifs ont été des moments de pause, de créativité, des occasions de s'absorber complètement dans un projet qui n'attendait que ça, du temps, pour avancer. Pour moi (qui n'ai pourtant pas d'enfants ni de réunions Zoom les unes à la suite des autres), ça n'a pas été le cas. Avoir de l'énergie pour écrire en temps de confinement n'allait pas de soi, et puis reconstruire une routine a pris du temps, et puis cet équilibre est fragile, il ne tient pas toujours très longtemps.

Les injonctions de la routine

J'ai donc eu envie de vous parler de la routine d'écriture, un sujet qui est particulièrement propice aux injonctions dans tous les sens. Il faut écrire absolument tous les jours, même si c'est juste une ligne, entend-on souvent. Il faut avoir un lieu dédié à l'écriture ; il faut avoir du calme et beaucoup de temps devant soi ; il faut se fixer un nombre de signes à écrire chaque jour ; il faut traiter l'écriture comme un travail. Aucun de ces conseils n'est mauvais, mais leur accumulation peut donner le vertige : et si toutes ces conditions ne sont pas réunies, cela veut-il dire qu'on ne peut pas (bien) écrire ?

‌Je suis la première à aimer lire des articles sur les routines de travail des grand‧e‧s artistes et écrivain‧e‧s, notamment dans les interviews “The Art of Fiction” de la Paris Review of Books, que je mentionne souvent. Je trouve ça à la fois terrifiant (où trouvent-ils et elles toute cette force de travail, tous les jours ?) et rassurant (tout le monde a des habitudes différentes, il n'y a pas de recette miracle et infaillible). J'aime bien y piocher des idées et des conseils – un de ceux auxquels je reviens souvent, c'est d'arrêter d'écrire quand l'écriture se passe bien, qu'on n'a pas tout à fait fini, qu'on sait où reprendre le travail le lendemain (c'est un conseil d'Hemingway).

Mais j'essaie surtout de me souvenir – et donc de vous dire ! – que quand les conditions de l'écriture ne sont pas réunies, on peut quand même écrire, sans pression, juste parce que c'est une des choses qu'on a envie de faire de notre vie. Pré-pandémie, avoir un cahier et un stylo me permettait d'écrire dans les interstices, au café ou dans le métro, de me débarrasser de l'idée que je devais avoir au moins deux heures devant moi pour me mettre au travail. Aujourd'hui il me sert quand je ne peux plus voir mon ordinateur en peinture. J'essaie aussi de me rappeler que parfois, ne pas écrire c'est quand même avancer, que quand les mots ne sortent pas on peut toujours en parler, et que se sentir un peu vidé‧e créativement quand le quotidien est monotone, c'est normal.

En bref, si votre routine vous glisse aussi entre les doigts, vous n'êtes pas seul‧e ! Et vous pouvez quand même écrire à un autre rythme ou d'une autre manière. Et vous avez même le droit de faire une pause.

Et vous, quelle est votre routine ? Est-ce que vous arrivez à la maintenir en ce moment ? Ça m'intéresse !

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