Dans lun des articles que je vous ai recommandés la semaine dernière, l’auteur Chris Power raconte qu’il s’est longtemps débattu avec une nouvelle largement autobiographique. Il avait commencé par écrire une histoire très fidèle à la réalité puis, comme il le dit joliment, il s’est rendu à l’évidence que “la réalité n’a pas la forme d’une histoire”. Son histoire avait trop de personnages, trop d’événements, trop de détails.

Alors il a entrepris de lui donner la forme d’une histoire, en élaguant. Mais le résultat lui semblait trop pauvre, plat, il le lisait comme une trahison de ce qui s’était vraiment passé, ne voyait que ce qui manquait. L’histoire ne marchait pas. Et puis, un jour, il a trouvé la solution : il a décidé d’écrire un appendice à sa nouvelle, en expliquant précisément ce qu’il avait modifié et pourquoi, en incluant même la conversation qui lui avait donné cette idée.

“Finalement, le fait que les mécanismes de lhistoire soient en pleine lumière est ce que jaime le plus dans cette nouvelle. Cela fait une force du problème auquel je me suis si longtemps heurté : où est la frontière entre la vérité et la fiction ?”

Les Eurêka minuscules

Cette anecdote m'est restée parce qu’elle montre bien comment une solution très simple peut parfois tout débloquer. Une histoire, une scène, un chapitre, un bout de dialogue ne marche pas, et on ne sait pas pourquoi, ou on ne sait pas comment le résoudre. Et puis une idée vient et, d’une seconde à l’autre, alors qu’on avait pu s’y heurter pendant des semaines, le problème est réglé.

Ce que j’aime bien, c’est que souvent, a posteriori, ces solutions semblent d’une simplicité désarmante. L’idée est tellement évidente qu’on se demande comment on a fait pour ne pas y penser plus tôt. Ça vaut aussi pour le monde extérieur. Si on raconte à quelqu’un “je me suis arraché les cheveux sur une histoire pendant des mois, et puis je me suis rendu compte qu’elle marcherait beaucoup mieux si je l’écrivais au présent”, l’autre se dira peut-être qu’une solution aussi simple ne valait pas le coup de se torturer l’esprit aussi longtemps.

Mais c’est comme ça. C’est le processus. Vous avez un moment d’Eurêka incroyable, et pour le reste du monde ça paraît minuscule. Je trouve ça assez beau, en fait.

Prendre des chemins de traverse

Ces dernières semaines, c’est compliqué pour moi d’écrire. Je suis à un moment de l’écriture de mon roman où je quitte la phase exploratoire, celle où j’écris pour découvrir ce que j’ai envie d’écrire, où je sème des graines pour voir dans quelles directions elles poussent. Maintenant je sais à peu près quelle forme aura mon cheval, et donc il n’y a “plus qu’à”, et donc ça me paralyse un peu.

Alors je fais autre chose, et j’essaie de me rappeler que faire autre chose, ça fait aussi partie de l’écriture. Je prends des notes sur la structure, je demande des recommandations de lecture sur un thème que j’ai envie d’explorer, j’écris dans ma tête quand je fais une activité manuelle et, surtout, je laisse mon esprit vagabonder (une fois n’est pas coutume, je vous recommande Jami Attenberg et sa newsletter “Craft Talk” sur ce sujet aussi !). La semaine dernière, je me suis demandé à voix haute si je ne devrais pas placer une scène beaucoup plus tard dans le livre, et effectivement ça marche mieux. Hier, en faisant de la couture (so 2020), j’ai eu une idée pour une de mes personnages secondaires à laquelle je n’avais pas pensé depuis des semaines. Si je racontais mon idée, elle vous paraîtrait simple, évidente. Mais elle me donne un fil de plus à tirer, ou plutôt à tisser. Et c’est comme ça qu’on avance.

Et vous, quelles sont vos idées minuscules et vos révélations monumentales ? Arrivez-vous à identifier quand et comment elles vous viennent ? Vous pouvez m’écrire pour me raconter.

Et surtout, surtout, célébrez vos petites victoires ! ✨

Les Écritures est une newsletter hebdomadaire et gratuite. Pour recevoir les prochains articles directement par mail, abonnez-vous ici.

Certains articles sont réservés aux membres : pour souscrire un abonnement payant, connectez-vous sur le site et suivez les étapes dans la partie “Compte” (en haut à droite).