J'ai toujours été fascinée par les processus de travail des écrivain.e.s : les heures auxquelles ils et elles écrivent, à quoi ressemble leur bureau, comment ils et elles organisent physiquement leur réflexion. Les interviews “The Art of Fiction” de la Paris Review of Books sont une mine inépuisable de ce point de vue-là : on y apprend que Maya Angelou écrit dans une chambre d'hôtel, allongée sur le lit ; qu'Ernest Hemingway écrit debout, ses premiers jets toujours au crayon de papier, et qu'il note chaque jour le nombre de mots qu'il a écrits ; que Joan Didion dort dans la même pièce que son manuscrit quand elle est sur le point de le finir.

Dans l'une de ces interviews, l'écrivaine britannique Penelope Lively parle d'un sujet épineux pour les écrivain.e.s d'aujourd'hui : le traitement de texte.

Je me souviens de la première fois qu'une de mes amies m'a montré son traitement de texte. Elle était en extase. Mais tout ce que je pouvais penser, c'était : Le problème c'est que tout a l'air terminé, trop tôt. Ça a l'air parfait alors que bien sûr ça ne l'est pas.

Penelope Lively préfère écrire ses premiers jets à la main (comme Hemingway), parce qu'alors elle peut raturer, corriger, réécrire au fur et à mesure, et son texte a l'air vivant, en chantier. La machine à écrire ou l'ordinateur n'arrive que dans un second temps.

Le retour de la machine à écrire

L'autre désavantage de l'ordinateur, que Penelope Lively ne mentionne pas, c'est Internet : une source constante de notifications, de distractions, d'interruptions. Pas franchement un sanctuaire pour l'écriture. Et puis, pour moi, l'ordinateur est un outil de travail : quand je n'ai pas envie de travailler, je n'ai pas non plus toujours envie de l'ouvrir pour écrire.

De plus en plus, alors que nous avons des appareils qui sont capables d'à peu près tout faire, je m'interroge sur la nécessité d'avoir des outils qui ne font qu'une chose. D'avoir un objet qui permette uniquement d'écrire. Pour mes premiers jets, j'essaie (je n'y arrive pas toujours) d'utiliser un carnet et un stylo. Je connais des gens qui n'ont pas peur du cliché et écrivent sur une machine à écrire (il en existe même une version moderne avec un écran e-ink, comme sur les liseuses). Après être tombée sur un article qui vantait les mérites de l'Alphasmart – une espèce de gros clavier en plastique des années 1990 muni d'un tout petit écran LCD – j'ai essayé de m'en procurer un, mais les complications de l'envoi depuis les États-Unis ont eu raison de moi.

Donc, comme beaucoup de gens que je connais, je reste avec mon cahier et mon stylo, puis mon ordinateur – pour que le manuscrit devienne un “tapuscrit”, il faut bien en passer par là.

Le traitement de texte de l'écrivain.e

C'est là que je voudrais vous recommander un logiciel que vous connaissez peut-être déjà, et qui a changé ma vie quand j'ai commencé à l'utiliser. Il s'appelle Scrivener, et c'est un traitement de texte conçu pour des projets d'écriture longs (livres, scénarios, recueils de nouvelles, etc.).

Il a quelques défauts : il est uniquement en anglais, l'interface n'est pas très belle ni très intuitive. Et il est payant. Mais c'est, je crois, l'un des meilleurs logiciels d'écriture – je le recommande souvent et la plupart de mes ami.e.s l'utilisent. Scrivener permet de réunir tous les éléments d'un projet dans le même fichier : le manuscrit, les notes sur les personnages ou les lieux, les éléments de recherche, même des images d'inspiration. Il permet de naviguer dans la structure de son projet comme dans l'arborescence d'un ordinateur : parties, chapitres, scènes sont visibles d'un coup d'oeil, déplaçables facilement (fini les couper-coller pour voir si une scène irait mieux là ou là). Il permet d'écrire en mode “sans distraction”, avec un outil pour se concentrer au niveau du paragraphe ou de la phrase. Il permet de “tagger” des scènes (par lieu, par personnage, par thème) et de ne lire que ces scènes-là bout à bout, pour voir comment elles s'enchaînent.

Scrivener a encore plein d'autres fonctionnalités que je ne sais pas (encore) utiliser. Son principal atout, pour moi, est qu'il m'aide à travailler sur la structure de manière intuitive, visuelle et créative, à “jouer” avec les différents éléments de mon histoire jusqu'à ce que je trouve à chacun sa juste place. Bref, si vous ne le connaissez pas, je vous encourage à tester la version d'essai gratuite.

Bien sûr, il existe d'autres outils d'écriture, comme l'application Ulysses (qui n'est malheureusement compatible qu'avec les produits Apple) ou le très visuel PreWrite (pour le moment plutôt tourné vers le scénario, mais dont une version pour les écrivain.e.s est en préparation). Certain.e.s de mes ami.e.s utilisent Excel ou Photoshop pour visualiser leur structure, d'autres mettent des post-it au mur ou ont des réseaux compliqués de dossiers et sous-dossiers pour organiser leurs fichiers Word. Whatever works!

Si vous avez d'autres outils, d'autres méthodes pour vos projets au long cours, n'hésitez pas à les partager en m'écrivant. Je mettrai à jour cet article avec vos conseils !

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