Cher‧e‧s tous et toutes,

Je reviens après une longue pause forcée et pas franchement reposante, mais prête à reprendre le rythme. (Les membres recevront dans quelques jours un certain nombre de nouvelles !)

J'espère que ce début d'année 2021 est pour vous aussi créatif et pensif que possible – mais s'il ne l'est pas, ce n'est pas grave. En écho à ce que j'écrivais ici il y a quelque temps, je voulais vous partager ces mots du dramaturge et acteur Tracy Letts, qui dit n'avoir “rien fait” en 2020 :

Si vous êtes dans le même cas que lui, je vous souhaite de pouvoir “lire des livres, regarder des films, cuisiner” et prendre soin de celles et ceux que vous aimez, en attendant que ça revienne. Car ça reviendra. Comme l'écrit Nick Cave dans cette très jolie lettre sur l'inspiration :

Quand une chose ne vient pas, c'est qu'elle est en train de venir. (...) On ne parle pas d'une période où les choses ne ‘viennent pas’, mais plutôt où elles n’‘arrivent pas’. Les paroles sont toujours en chemin. Elles sont toujours en suspens. Elles sont toujours en route vers nous. (...) Notre tâche est simple et extrêmement difficile à la fois. Notre tâche est de rester patients et vigilants et de ne pas perdre espoir – car nous sommes la destination.

L'apprentissage de la patience

Tout cela m'éloigne un peu de ce dont je voulais initialement parler : la révision, et plus particulièrement la créativité dans la révision, que j'avais déjà longuement abordée ici.

J'ai eu envie d'y revenir parce que je sors d'une longue période de multiples réécritures des 25 000 premiers mots de mon roman. Depuis le mois de septembre, je travaille avec une tutrice (la romancière Marian Womack) dans le cadre de mon master, et depuis sept mois donc, j'ai dû retravailler plusieurs fois ces 25 000 mots, avant de pouvoir écrire la suite du manuscrit. À chaque réécriture, ma tutrice me faisait ses retours et me donnait ses conseils pour la prochaine ; la dernière, au mois de janvier, a été très pénible, lente et longue. J'avais l'impression de progresser à pas de fourmi, de découvrir des problèmes plutôt que d'en régler, de buter à la fois sur des détails et sur des défauts structurels. Et puis j'ai eu quelques minuscules épiphanies, j'ai suivi les précieux conseils de mes ami‧e‧s écrivain‧e‧s (surtout d'une qui se reconnaîtra !), et je suis arrivée au bout de cette nouvelle version.

Hier, ma tutrice m'a écrit pour me dire qu'elle pensait que ces 25 000 mots étaient “prêts” et que je pouvais passer à la suite. Elle m'a aussi dit une chose très juste sur la réécriture, qu'elle m'a autorisée à partager avec vous :

C'est un parfait exemple de pourquoi la réécriture est importante : en surface, cette partie n'a pas beaucoup changé. Mais toi et moi, qui avons été là pendant tout le processus, nous savons le travail que ça a demandé, nous voyons comme à chaque réécriture quelque chose est corrigé, quelque chose s'améliore.

Ce travail par couches successives m'a appris une certaine forme de patience. Ces sept derniers mois, Marian m'a “forcée” à rester avec le début de mon roman plus longtemps que ne l'aurais fait moi-même. Seule, je n'aurais pas fait cette récente réécriture, j'aurais continué d'avancer dans le texte, d'essayer de trouver mon premier jet dans la glaise. Mais d'y avoir passé autant de temps m'a permis de régler des questions fondamentales, et j'ai bon espoir que ces réponses me guideront dans l'écriture de la suite, que grâce à elles je me suis épargné la découverte trop tardive de problèmes structurels. Cela confirme pour moi de manière tangible ce que dit l'écrivaine Grace Paley, qui ne croit pas au concept de “jets”, et le cher Verlyn Klinkeborg que je cite à tout bout de champ : peut-être ne faut-il vraiment pas séparer l'écriture et la réécriture, mais avancer lentement, par blocs de textes, petits ou grands, et ne pas les quitter avant de savoir exactement ce qu'ils sont.

Votre approche à vous est peut-être complètement différente (#teammarbre), ou peut-être que ces quelques réflexions vous parleront. J'espère au moins – surtout s'il vous semble que les nouvelles idées mettent un temps infini à arriver jusqu'à vous – qu'elles vous donneront l'envie de réécrire ce que vous avez déjà.

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